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Pulgasari, le Godzilla communiste

Pulgasari est un film asiatique de 1985 qui raconte l’histoire d’un clone de Godzilla (jusque là rien de nouveau sous le soleil). Un village de fermiers est harcelé par un seigneur local qui leur vole tout leur acier pour fabriquer des armes. Le forgeron du village, en captivité, confectionne une dernière œuvre avant de rendre l’âme : une petite figurine faite de riz et de terre appelée Pulgasari. Celle-ci s’anime quand la fille du forgeron, après s’être piqué le doigt avec un rouet, l’imbibe par hasard avec du sang. La créature se nourrit exclusivement de métal et va alors aider les villageois à renverser le seigneur cruel, mais une fois son oeuvre accomplie c’est elle qui devient la vraie menace !

Premièrement, les rues sont super étroites en Corée du Nord

Le truc avec Pulgasari, c’est qu’il pourrait se contenter d’être un film de monstre asiatique un peu kitsch, mais non ! C’est un film de monstre asiatique un peu kitsch AVEC une origine wtf ET de la symbolique douteuse ! En effet, le film à la particularité d’être Nord-Coréen et d’avoir été produit par… Kim Jong-Il lui même.

“Produire un film” était second dans sa liste de priorités, après “bien manger”, mais loin devant “nourrir son peuple”

En 1978, le futur dictateur était en effet un grand fan de cinéma et voulait introduire la Corée du Nord dans les salles obscures. Cependant la République Populaire manquait cruellement de réalisateurs compétents et Kim était lassé par les films Nord-Coréens où les acteurs pleuraient sans cesse et sans raison. Question rhétorique : que faire quand votre peuple n’y connait rien au cinéma ? Ouvrir des écoles ? On voit bien que vous n’êtes pas un dictateur ! La solution de Kim Jong-Il : kidnapper Shin Sang-ok, un célèbre réalisateur sud-coréen et Choi Eun-hee, son ex-femme, actrice.

Le lendemain, tout le gouvernement avait la gueule de bois mais c’était trop tard

Les deux personnalités furent donc kidnappées à Hong-Kong et emprisonnées pendant 4 ans dans des locations différentes. Puis, quand Kim Jong-Il daigna enfin les recevoir, il invoqua comme excuse pour son temps de latence qu’il avait eu “du travail au bureau”, et enchaina sans sourciller sur son plan culturel. Le couple, remarié sur place, eut le temps de produire 7 films pour le régime avant d’enfin parvenir à se réfugier dans une ambassade américaine au cours d’un voyage à Vienne, après une folle poursuite en taxis.

Paradoxalement, CA c’est un synopsis qui donne envie !

Pour revenir à Pulgasari, ce fut un des derniers films de Shin à être produits à Pyongyang, avec l’aide d’une partie des équipes responsables des Godzillas japonais. C’est aujourd’hui son film le plus connu de cette période de captivité, peut-être parce qu’il contient un gros monstre en mousse, mais peut-être aussi parce que le message idéologique du film est plutôt ambigu. Selon Kim Jong-Il, Pulgasari représente le capitalisme devenu hors de contrôle, alors que (spoiler !) la victoire finale du peuple représente la révolution communiste. Cependant il est aussi très facile de voir Pulgasari comme le représentant du régime actuel, puisqu’en réalité c’est lui qui affame la Corée du Nord ! Et le film de prendre une teinte ironique.

D’une manière générale, avoir de l’ironie est indispensable pour regarder ce film

 

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