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Le “Bit Rot”, et ses implications

Allez, je confesse sur le champ un de mes péchés mignons : j’aime les jeux-vidéo et (à mon échelle) je les collectionne. Pour moi cela se résume à acheter d’excellents jeux en bon état et à les aligner fièrement sur une étagère dans le salon, prêts à être saisis et mangés par la console. Pour d’autres, il s’agit plutôt d’acheter à des prix exorbitants des pièces rarissimes qu’ils n’ouvriront jamais et stockeront soigneusement dans un endroit à l’abri. Chacun son avis ! Heureusement, je ne suis pas un de ces collectionneurs “hardcore”, et tant mieux j’ai envie de dire, parce que je suis tombé sur plusieurs articles alarmants qui allaient remettre pas mal en question ma vision des choses à ce niveau. Des articles sur le “Bit Rot”, que je me permets de franciser en “Corrubition”, parce que je suis apparemment le premier à chercher à traduire le terme, donc j’ai le champ libre.

Ce n’est pas comme si j’essayais de remplacer “pirate” par “fouineur”, après tout

La corrubition est un phénomène inéluctable qui concerne actuellement tous nos supports de stockage de données : DVDs, CDs, Disques Durs, clefs USB, mais aussi VHS, Cassettes Audios et autres Disquettes pour les plus vénérables d’entre nous. L’information y est fondamentalement codée sous forme de bits (0 ou 1), mais avec le temps ces bits s’altèrent voire disparaissent, rendant au pire l’objet codé illisible, au mieux, déformé.[1]

Le mini point blanc au dessus de l’appareil photo, au centre ? Un point de corrubition. Ca n’a l’air de rien, comme ça mais br$$$ù!,§$e锑(-è£ …

Cette perte de donnée peut avoir des conséquences très variables. Elles peuvent être nulles si elles touchent une zone non utilisée du CD ou contenant des informations redondantes. Mais elles peuvent empêcher la musique d’être fluide, empêcher le démarrage du jeu, ou bien faire planter le jeu n’importe quand, c’est-à-dire, d’après la loi de Murphy, juste devant le boss final. Et contrairement à des petites rayures, qui peuvent être éliminées, la corrubition est irréversible. Les données sont perdues ; à jamais [2].

Et sur votre écran : Hitler, figé, qui vous nargue

Évidemment, la rapidité avec laquelle la corrubition se manifeste peut être très variable. Elle est notamment affectée par les conditions de stockage (température, humidité, …) mais même si vous aviez un environnement idéal et stable, elle aurait lieu tôt ou tard, et beaucoup plus vite qu’on pourrait le croire. Un DVD gravé a une durée de vie estimée entre 2 et 5 ans, et un DVD du commerce peut grimper jusqu’à 10 ans [3].  Max.

Ce ne sera pas le cas pour tout le monde

Bref même si la technologie est bien là aujourd’hui pour stocker des données pendant des siècles [4]… tout ce que l’on a stocké jusque là n’est absolument pas durable. N’est-il pas temps de changer la manière dont on appréhende ces supports ? Par exemple, on nous fait miroiter les DVDs comme de beaux objets, qui peuvent servir entre autres à décorer un salon, mais on oublie de mentionner qu’ils sont périssables. Dans cette optique, constituer et conserver sa DVDthèque idéal s’apparente à un travail sisyphéen ! Il va falloir s’accrocher pour transmettre des films lisibles à vos enfants !

En même temps ce sont des enfants ; ils s’en fichent

La corrubition est aussi un des plus gros dangers qui guette le monde vidéoludique. En effet, contrairement à beaucoup d’autres médias, le jeu vidéo a mis beaucoup de temps avant de voir les premiers musées apparaitre. On ne considérait pas encore le jeu comme un élément culturel qui devait être préservé. Les choses ont pas mal changé ces derniers temps, mais le retard à rattraper est énorme ! En 2015, dans un peu plus d’un an, Mario aura 25 ans. Vous imaginez l’état de certains jeux Atari ? En fait le mieux serait de digitaliser ces jeux, de les rendre jouables sur des systèmes plus récents, mais légalement le sujet est très sensible. Bref, espérons que les archivistes gagnent leur course contre la montre.

A quand Custer’s Revenge sur Oculus Rift 5S ?

En tant que collectionneur, c’est à mes yeux la philosophie même de la collection personnelle qui doit être revue : en effet les jeux “neufs non ouverts” deviennent tout de suite moins attractifs. Pire : les jeux encore sous plastique. Ils coutent bien un bras de nos jours, alors même qu’aucune preuve du bon fonctionnement ne peut être apportée. Cela annonce une belle bulle spéculative qui ne pourra qu’exploser puisque ces jeux valent aujourd’hui de plus en plus chers alors que la probabilité qu’ils fonctionnent vraiment devient de plus en plus faible.

C’est tout pour cette entrée un peu longue concernant la corrubition. A noter que je n’ai aucune formation scientifique, les informations concernant le “bit rot” et les interprétations que j’en donne ne sont issues que de mes recherches sur l’Internet. Si vous êtes calés vous pouvez ajouter des points ou me corriger !

 Sources :

  • [1] http://www.rfgeneration.com/news/disc-rot/An-important-note-to-Video-Game-Sellers-and-Buyers-1337.php
  • [2] http://www.docucrunch.com/bit-rot-the-new-problem-threatening-companies-archives
  • [3] http://www.pcastuces.com/pratique/windows/fiches/duree_vie_cd_dvd.htm
  • [4] http://www.clubic.com/disque-dur-memoire/actualite-563680-millenniata-blu-ray-disc-disque-25-revendique-duree-vie-1000-ans.html

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